Les mutations technologiques sont au cœur de l’industrie du cinéma. Décryptage avec Éric Broët, senior vice-président et directeur financier de Warner Bros France, au cours d’un « Mardi du LAB » consacré à l’innovation dans l’univers de l’audiovisuel.

Bientôt centenaire, Warner Bros, l’un des plus anciens studios américains, est familier des mutations et des ruptures technologiques : fin du cinéma muet, arrivée  de la télévision, apparition du magnétoscope, essor du DVD, mariage de sa maison mère (Time Warner) avec AOL, irruption de l’iPad, etc. Quels enseignements tirer de ce parcours ? En quoi l’innovation imprime son rythme au sein d’une entreprise plutôt traditionnelle ? Comment l’écosystème est-t-il impacté ? Confronté à toutes ces questions – parmi d’autres – , Eric Broët, senior vice-président et directeur financier de Warner Bros France, la branche production et distribution (cinéma, télévision, jeux vidéos) du géant américain Time Warner, est venu partager son expérience avec la communauté des entrepreneurs du Neuilly LAB.

« L’innovation a toujours eu une influence déterminante, y compris pour un studio traditionnel » analyse Eric Broët.

Témoin, le parcours industriel du DVD avant sa dématérialisation au profit de nouveaux canaux de distribution. « Comparé aux cassettes VHS, le DVD constituait déjà une innovation de rupture. Ce qui compte, c’est l’effet de masse combiné aux usages » se souvient Eric Broët. S’en est suivi une « guerre des formats » qui a fait douter l’ensemble de l’écosystème. « C’est relativement imprévisible. On a testé beaucoup de choses (mini Disc, DVD jetable, HD DVD, Blu-ray). Toutes les innovations ne marchent pas » constate cet ancien d’Arthur Andersen et de Schlumberger, arrivé chez Warner Bros en 2001.

Quand les tablettes et les réseaux sociaux remplacent le DVD

L’irruption de l’iPad d’Apple en 2010 va mettre fin à ces incertitudes. « La transition vers le numérique et la multiplication des plates-formes d’accès est quelque chose que l’on pressentait sans en mesurer réellement la portée, ni à quelle échéance cela interviendrait » poursuit-il. Alors que les DVD pouvaient représenter jusqu’à 50% de l’amortissement d’un film, la multiplication des canaux de diffusion combinée à celle des terminaux de réception a entraîné une recomposition rapide de la chaîne de valeur. « Le challenge aujourd’hui, c’est de trouver le bon produit, compatible avec les différents supports et canaux de distribution et qui réponde aux attentes du marché » résume-t-il. Souvent plus facile à dire qu’à faire ! Surtout au sein de grandes entreprises. Qui avait anticipé l’arrivée des tablettes (qui n’existaient pas en 2010) ? Un écueil que Warner Bros s’efforce de contourner en se rapprochant des start-ups, à travers sa participation au programme Media Campus de Los Angeles par exemple.

« Ce qui compte, ce sont la vitalité et la capacité d’adaptation. Même au sein d’une grande structure, nous sommes dans un monde d’innovation permanente » constate Eric Broët. Témoin, le jeu vidéo, un univers – toujours aussi prometteur – à la frontière du cinéma, de la télévision, du numérique et des réseaux sociaux où l’innovation est déterminante.

L’autre volet de cette stratégie est de faire vivre, animer et fidéliser toute une kyrielle de communautés à travers les réseaux sociaux afin d’instaurer une véritable continuité entre différentes séquences (sortie du film, lancement de jeux vidéo, prolongements télévisés, déclinaison sur YouTube, etc). Avec pour objectif de capitaliser sur le succès d’une création tout au long de son cycle de vie. « Même si c’est parfois difficile à concevoir au sein des grandes structures, l’innovation est tirée par la demande des consommateurs. L’agilité des start-ups est alors primordiale, surtout dans une industrie de prototype » estime Eric Broët. Le mariage de la création artistique et des ruptures technologiques en quelque sorte.